ELLA FITZGERALD

Ella Fitzgeral

par Mustapha Boutadjine - Paris 2000 - Graphisme-collage, 110 x 80 cm

Le scat en majesté

Par Dominique Widemann Journaliste à L’Humanité

Des quelques images fugaces couleur sépia aperçues à la dérobée dans quelques documentaires, on retiendra sa silhouette, massive et gracile ; un sourire à l’adresse de ses complices de musiciens ; deux poings serrés collés contre sa poitrine ; et la voix, cette voix de tête posée sur un corps de big mama comme on en croise dans les quartiers pauvres de l’Amérique. Pauvres et noirs. Voix d’entrailles pourtant, sans en dire les souffrances et les déchirements. Ni la ségrégation qui interdisait aux Noirs de pénétrer dans les clubs de jazz et aux musiciens de se loger. Ella, souveraine. Ella, le plaisir. Un Summertime qui brille encore.
Le scat en majesté, cette technique vocale qui sonne comme les cuivres, swing vertigineux qui s’empare de tous vos sens, sonorités en cascade sans aucun artifice, juste cette générosité qui émane de sa belle personne et cette humilité qui lui fait dire, doucement, à Duke Ellington : « I do my best ». Elle a fait de son mieux.